traduction : Silas Teixeira
Comité international pour la reconstruction de la LIT de Nahuel Moreno
Nous, qui écrivons ce Manifeste, sommes des militants révolutionnaires de divers pays: travailleurs et
travailleuses, enseignants et enseignantes, étudiants et étudiantes, chômeurs et chômeuses, et travailleurs
de différents secteurs. Ce qui nous unit, en premier lieu, c’est la conviction que l’humanité n’a pas
d’avenir sous le capitalisme et qu’il faut détruire ce système pour construire une société socialiste.
Deuxièmement, nous pensons que ce processus ne se développera pas spontanément, et il est donc
essentiel de construire un leadership révolutionnaire international et des organisations nationales dans
différents pays, capables de guider et de diriger les travailleurs et les masses du monde dans cette voie.
Nous suivons l’exemple de la grande révolution russe de 1917 et les enseignements que ses dirigeants,
Lénine et Trotsky, nous ont laissés. Donc, jusqu’à récemment, la plupart d’entre nous étaient des militants
de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième International (LIT-QI). Cependant, il y a quelques
mois, nous, qui avons signé ce Manifeste, avons été expulsés ou rompus avec cette organisation en raison
de sa dégénérescence bureaucratique et morale, un processus que nous expliquerons plus en détail ci-
dessous.
Face à ce processus de dégénérescence, nous voyons la nécessité impérative de reconstruire la LIT-QI à
partir de ses bases fondatrices, avec la stratégie de reconstruction de la Quatrième Internationale, comme
une continuation de la IIIe Internationale dirigée par Lénine et Trotsky.
Un peu de notre histoire
La Ligue internationale des travailleurs – Quatrième Internationale a été fondée en 1982 par Nahuel
Moreno, un dirigeant argentin, avec des centaines de camarades de différents pays. Le processus de
fondation de LIT-QI a été le résultat de plus de deux décennies de lutte de Moreno contre l’abandon du
programme révolutionnaire par des secteurs qui se disaient trotskystes, mais qui ont fini par capituler au
stalinisme et/ou à sa version Castro, ou à la social-démocratie, au cours de la seconde moitié du XXe
siècle.
À la fondation de la LIT-QI, Moreno a réussi à maintenir les enseignements les plus importants de Lénine
et de Trotsky – les principaux dirigeants de la révolution russe – en les mettant à jour pour comprendre les
phénomènes qui se sont développés après la mort de Trotsky en 1940. L’un des processus les plus
pertinents a été la bureaucratisation et la dégénérescence des États Ouvriers (appelés « socialistes »).
Suivant la perspective déjà mise par Trotsky, Moreno a identifié que les bureaucraties staliniennes de l’ex-
Union soviétique, de Cuba, de la Chine et d’autres États Ouvriers dégénérés avaient transformé ces États
en un obstacle à la révolution socialiste mondiale, un verrou absolu pour le développement de l’économie
planifiée et des forces productives au niveau national. De même, il a observé que ces bureaucraties
faisaient tout leur possible pour trahir les processus révolutionnaires où il y avait la possibilité que la
classe ouvrière s’empare du pouvoir d’État.
De plus, Moreno a partagé l’appréciation de Trotsky selon laquelle, sans une révolution politique dans les
soi-disant «pays socialistes», il serait impossible d’éviter la restauration du capitalisme, ce qui a été
confirmé plus tard. Il a également soutenu que si la classe ouvrière ne s’organisait pas démocratiquement
et qu’elle ne prenait pas la direction des révolutions socialistes – à la fois les révolutions politiques contre
les bureaucraties staliniennes et les nouvelles révolutions socialistes – ces processus n’auraient aucun
avenir, ce qui a été démontré par le chemin emprunté par les révolutions cubaine, chinoise et
vietnamienne. Dans ce même sens, Moreno et les thèses fondatrices de la LIT ont réaffirmé que l’avant-
garde ouvrière doit s’organiser dans un parti révolutionnaire, car sans ce parti, il ne peut y avoir de
révolution socialiste victorieuse. À leur tour, les partis révolutionnaires nationaux doivent faire partie
d’une Internationale, en raison de l’impossibilité que la révolution et le socialisme triomphent à
l’intérieur des frontières nationales, compte tenu de la nature mondiale du capitalisme.
Conformément à cela, c’était une caractéristique très frappante de Moreno, qui l’a transmise à l’ensemble
du courant, l’obsession de construire nos partis au sein de la classe ouvrière.
Ces points, parmi tant d’autres, ont été récupérés par Moreno dans les Thèses Fondatrices de la LIT, dans
le but de suivre avec la construction d’une organisation révolutionnaire internationale capable d’avancer
vers la reconstruction de la Quatrième Internationale[1]. Ça été l’expérience synthétisée à la fondation de
LIT et que nous avons maintenue vive jusqu’à présent.
Un ouragan opportuniste domine la gauche
Avec la chute du mur de Berlin et la fin de l’Union soviétique, la gauche au niveau mondial est entrée dans
une crise profonde, en particulier les partis communistes. L’offensive impérialiste mondiale, avec ses
théoriciens et ses médias affirmant que le socialisme avait échoué et que le capitalisme avait triomphé,
était brutale. Cette offensive a également affecté le « mouvement trotskyste ». La plupart des
organisations qui se disaient trotskystes ont modifié leur programme pour s’adapter à la « nouvelle réalité
». Le plus grand exemple à été le Secrétariat Unifié, dirigé par Ernest Mandel, qui a abandonné le
programme de la révolution socialiste et la dictature du prolétariat comme étape nécessaire de la transition
vers le socialisme, les remplaçant par un programme abstrait de « démocratie socialiste ». À partir de là, le
SU a boosté la formation de partis « anticapitalistes » dans différents pays, où les réformistes et les
révolutionnaires devraient coexister.
Ces partis visent à établir des pactes avec de supposées « bourgeoisies progressistes » pour promouvoir
des réformes « démocratiques radicales ». Nous appelons ce processus qui agit sur les organisations
révolutionnaires de « l’ouragan opportuniste ».
Dans la LIT-QI, contrairement à la majeure partie de la gauche (que ce soit les PC ou le mouvement
trotskyste), nous avons interprétés autrement les processus qui se sont développés en Europe de l’Est.
Nous avons célébré les révolutions qui ont eu lieu contre la bureaucratie stalinienne dans toute la région,
mais nous avons prit du temps pour comprendre que ces révolutions se produisaient déjà dans le cadre
du capitalisme, précédemment restauré par le stalinisme lui-même. Nous avons pensé, à tort, que ces
révolutions faisaient partie de la révolution politique planifiée par Trotsky, qui mettrait fin au pouvoir
bureaucratique, rétablissant les soviets révolutionnaires et préservant leur caractère ouvrier (propriété
d’État, planification de l’économie, monopole du commerce extérieur). Il nous a fallu des années pour
identifier cette erreur, mais nous l’avons finalement comprise. Ainsi, depuis le début du XXIe siècle, la
LIT-QI est devenu l’une des rares organisations de la soi-disant « gauche révolutionnaire » à affirmer
qu’en Russie, à Cuba, en Chine ou au Vietnam il n’y avait pas de socialisme, mais du capitalisme, et que
les processus du l’Est ont fait face aux plans capitalistes imposés par ces bureaucraties, qui ont été
renversées par ces actions du mouvement de masse. Nous avons comprit, par exemple, que la restauration
capitaliste dans l’ex-URSS a commencé en 1985-86 à partir des plans de Gorbatchev et qu’en Chine, elle
avait commencé déjà dans les années 70 avec les « modernisations » de Deng Xiaoping. La même chose
s’est produite à Cuba dans les années 90. Tous les processus de restauration ont été dirigés par les
bureaucraties dirigeantes. À ce jour, la majorité de la gauche continue de prétendre qu’en Chine, il existe
une forme « très particulière » de socialisme et que Cuba reste un État Ouvrier. Cette compréhension de la
restauration du capitalisme dans les anciens États Ouvriers, que la restauration n’a pas été apportée par
l’action du mouvement de masse et que le renversement des régimes staliniens par cette action des masses
était un fait très positif, bien qu’il n’ait pas réussi à inverser la restauration capitaliste par l’absence d’une
direction révolutionnaire, nous a permis de survivre, avec de grandes difficultés, les difficiles années 90.
Nous avons également presque été détruits par l’ouragan opportuniste, au début des années 90, avec
l’explosion de l’ancien MAS de l’Argentine, et nous avons traversé plusieurs processus de rupture qu’ont
abouti au réformisme. L’un des plus importants s’est produit en 2016, lorsqu’un courant interne du PSTU
du Brésil, la TI, a rompu avec des positions très similaires à celles qu’aujourd’hui la direction du PSTU et
la fraction majoritaire de la LIT-QI défendent, centrée sur une vision négative sur les processus de
l’Europe de l’Est. Ce courant, maintenant appelé Résistance, est une aile droite du PSOL.
Nouvelles révolutions: la crise du capitalisme s’aggrave
Contrairement à ce que prétendaient les propagandistes du grand capital, les révolutions contre le
capitalisme n’ont pas disparu avec la fin de l’Union Soviétique; bien au contraire, elles se sont
multipliées. Les contradictions du système lui-même – l’extrême inégalité, la misère, le pillage des
ressources, le chômage, les bas salaires, la privatisation des services publics – ont généré des explosions
sociales à travers la planète depuis les années 1990. L’idée du socialisme est une fois de plus apparue dans
la bouche de personnages inattendus comme Hugo Chavez, un militaire nationaliste vénézuélien (avec son
« socialisme du XXIe siècle »), ou Bernie Sanders, un dirigeant de longue date du Parti Démocrate des
États Unis. En Europe et en Amérique latine, il y avait plusieurs courants, mouvements et partis qui se
prétendaient être anticapitalistes ou socialistes.
Dans les années 2000, surtout après la crise économique mondiale de 2008-2009, les révolutions se sont
multipliées dans le monde entier. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, nous avons vu comment une
explosion révolutionnaire en Tunisie a pris le feu sur toute la région dans le soi-disant « printemps arabe
»: Égypte, Yémen, Bahreïn, Maroc. Même dans les pays avec des gouvernements présentés comme
«populaires» et «anti-impérialistes» par les héritiers du stalinisme, comme la Libye et la Syrie, la
révolution était implacable. Les dictatures de Kadhafi (Libye) et, plus récemment, de la famille Assad
(Syrie) sont tombées après des guerres civiles très sévères et des processus de combats internes
complexes.
L’Europe a également été secouée par d’intenses mobilisations après la crise économique, en raison des
graves attaques de grands capitaux contre les conditions de vie: Grèce, Espagne, Portugal, Royaume-Uni,
entre autres. Dans presque tous ces pays, il y a eu d’énormes mobilisations de travailleurs et de jeunes.
L’Amérique a également été le théâtre de nombreux processus révolutionnaires avec des chutes de
gouvernements et de rébellions. En Amérique latine, depuis le début du XXIe siècle, il y a eu des
processus révolutionnaires en Équateur, en Argentine, au Venezuela, en Bolivie, en Haïti, au Chili et des
soulèvements populaires en Colombie et au Pérou. Aux États-Unis, les manifestations après l’assassinat
de George Floyd ont déclenché une véritable crise nationale en 2020, notamment avec des zones «
libérées » par des manifestants, où la police ne pouvait pas entrer.
Ces dernières années, les processus de lutte de classe les plus importants ont été ceux de la libération
nationale contre les puissances colonisatrices capitalistes, comme en Ukraine et en Palestine, où les deux
peuples mènent des luttes héroïques et totalement inégalitaires contre les envahisseurs. En particulier, à
Gaza, la résistance historique du peuple palestinien fait face à un véritable génocide de la part de l’État
Sioniste d’Israël soutenu par les États-Unis. Sa lutte a déclenché une vague sans précédent de solidarité
internationale, de nombreuses mobilisations et actions, comme les deux grèves en Italie et la flottille
Sumud. Cela, associé à une résistance armée féroce, a forcé Israël à un cessez-le-feu qui titube encore et à
l’accord de paix mensongère de Trump. C’est cette réalité de ces deux années de guerre qui donne de la
force à la définition de l’historien israélien Ilam Pappé, qui prétend que nous sommes confrontés au début
de la fin de l’Etat Sioniste d’Israël.
Un autre fait très important de la lutte des classes, qui dément les opinions selon lesquelles ce qui
prédomine dans le monde est la croissance incessante de « l’extrême droite », était la réponse
extraordinaire des masses, aux États-Unis, à l’attaque brutale de Trump contre les immigrants, a la santé
et a l’éducation des travailleurs américains. Les importantes mobilisations nationales pour les «NO
Kings» sont une preuve cinglante de cette réalité.
Toutes ces rébellions ont en commun la répudiation des conditions de vie misérables générées par le
capitalisme et ses gouvernements, qu’ils soient de droite ou supposément de gauche, ainsi que de
domination coloniale impérialiste.
Dans certains pays, ces processus ont été vaincus par des répressions sévères, comme en Égypte, où
l’armée (soutenue par les États-Unis) a écrasé la révolution. Dans d’autres, il y a eu des réalisations
démocratiques, comme en Tunisie, en Libye ou en Syrie. Dans les démocraties bourgeoises, les processus
ont été canalisés par des élections, donnant lieu, dans plusieurs cas, à de « nouveaux » gouvernements dits
de gauche, tels que Boric (Chili), Petro (Colombie) ou Syriza (Grèce).
Cependant, tous ces gouvernements qui ont promis de soutenir les travailleurs et le peuple ont fini
par trahir les revendications populaires et gouverner pour les grands capitalistes, générant la
démoralisation parmi les masses, qui n’ont pas vu les résultats de leurs luttes et de leurs sacrifices.
Ce climat de polarisation mondial a également alimenté une nouvelle droite, avec des programmes de plus
en plus agressifs contre la classe ouvrière, les immigrants et d’autres secteurs opprimés. Cette nouvelle
droite se développe sur l’échec des dirigeants réformistes et néo-réformistes. Par conséquent, de
nombreux secteurs ouvriers déçus par les gouvernements de « gauche » cherchent des alternatives – du
moins sur le terrain électoral – dans les dirigeants populistes de droite comme Trump, Bolsonaro ou Milei.
Un autre élément clé pour comprendre le monde actuel est la décadence de l’impérialisme américain
(mais qui reste hégémonique) et la montée de la Chine en tant que puissance capitaliste majeure [2], en
lice pour les zones d’influence, le développement technologique, les territoires et les routes commerciales.
Ce différend inter-bourgeois sur la spoliation mondiale a un impact direct sur la classe ouvrière, alors que
les grandes entreprises et les monopoles intensifient encore l’exploitation pour rester en concurrence.
Tout cela est une expression de la bourgeoisie mondiale à la recherche de récupérer son taux de profits
face à la crise économique brutale. Les énormes attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière
mondiale et même les conflits inter-bourgeois (entre les nations et aussi les entreprises) sont de voir qui
paie une partie de la facture de la crise actuelle. La situation mondiale s’explique par cette offensive et,
d’autre part, par la résistance ouvrière et populaire à leur survie.
L’ouragan opportuniste continue de balayer la gauche
Ce processus d’instabilité mondiale et d’attaques contre les masses génère de la résistance, comme nous
l’avons mentionné précédemment. Nous ne partageons pas la vision de certains secteurs de la gauche qui
parlent d’une « nouvelle vague réactionnaire » ; nous voyons un monde polarisé entre révolution et
contre-révolution.
Le problème le plus grave de ces processus de combat est celui de leurs directions. Parce qu’ils n’ont pas
de programme révolutionnaire, les « nouvelles directions » finissent par capituler devant les bourgeoisies
et même devant l’impérialisme. L’ouragan opportuniste continue de traîner les organisations qui se
prétendent être révolutionnaires vers l’adaptation au régime démocratique bourgeois et à ses institutions et
mécanismes, tels que les processus électoraux et la cooptation des syndicats.
Ce processus vers le réformisme est désormais visible dans des courants comme la fraction trotskyste,
dont le principal parti est le PTS argentin. Ces dernières années, ce courant est passé de « l’ultra-
gauchiste » au vote de dizaines de lois avec les forces bourgeoises et à la « solidarité » avec Cristina
Kirchner face à son arrestation pour corruption, ses dirigeants se rendant au foyer où elle purge sa peine,
dénonçant qu’il s’agissait d’un cas « d’avance antidémocratique et de proscription » et convoquant des
mobilisations pour sa liberté.
Considérer inadmissible la défense de l’ancien président corrompu n’implique pas que l’on devrait apporter
le moindre soutien au gouvernement réactionnaire de Milei, qui utilise cette prison politiquement, tout en
ne faisant rien avec l’énorme quantité de corrompus dans son propre gouvernement.
La défense faite par le PTS répond à son adaptation à la démocratie bourgeoise, principalement par son
appareil parlementaire. À mesure qu’ils grandissent électoralement, leur militantisme, leur programme et
leurs médias tournent autour de l’État bourgeois, des élections et des sièges au parlement. La défense du «
socialisme », de la « révolution » et de la « classe ouvrière » se réduit au discours, et non à la pratique.
Un processus similaire a commencé à avoir lieu, bien que plus lentement, dans la Ligue Internationale des
Travailleurs, une organisation à laquelle nous appartenions. La LIT-QI n’a pas de parlementaires et donc
les pressions sont différentes. Dans son principal parti, le PSTU du Brésil, l’une des principales pressions
vient des appareils syndicaux et du gouvernement de conciliation des classes et des partis qui le
soutiennent, comme le PT et le PSOL. Les pressions viennent aussi des soi-disant « mouvements sociaux
» des femmes, des noirs, des LGBT, des écologistes, des fronts uniques interclassistes où les organisations
réformistes agissent avec force. Parce qu’ils n’ont pas une caractérisation claire de ces pressions et peu de
présence dans la classe ouvrière, les partis de la LIT-QI sont plus perméables à elles. Ainsi, nous avons vu
le PSTU-B appeler à construire, avec le « Pôle socialiste et révolutionnaire », une « alternative
révolutionnaire » pour le Brésil, avec des organisations réformistes et centristes. Ou d’appeler l’unité
d’action anti-impérialiste avec le gouvernement Lula, alors qu’il n’y avait pas d’action anti-impérialiste
de ce gouvernement. Cette tendance à la capitulation au réformisme découle de son point de vue selon
lequel le centre de la politique est contre « l’extrême droite », et non contre le gouvernement en fonction.
Ce qui est également exprimé au niveau international, comme lorsque nous voyons le groupe anglais se
dissoudre dans le nouveau parti réformiste de Jeremy Corbyn.
Ceux qui ont commencé à faire face à ce processus au sein du LIT, en faisant des critiques politiques, ont
commencé à être accusés de « liquidateurs », c’est-à-dire de vouloir détruire l’Internationale. De
nombreux camarades ont été sanctionnés, arbitrairement retirés des tâches, etc. Sans aucun doute, la LIT-
QI avait de nombreuses faiblesses au cours de ses 40 années d’existence – problèmes de régime, erreurs
politiques, erreurs diverses – mais il n’avait jamais atteint un tel niveau de dégénérescence politique et
méthodologique. Les pressions réformistes et capitalistes affectent non seulement la politique, mais aussi
le régime centraliste démocratique, qui attaque la démocratie interne. Souvent, ces processus de
dégénérescence politique des courants de gauche s’accompagnent d’une dégénérescence morale, un
processus qui se produit également aujourd’hui dans la LIT-QI, et qui s’est exprimé dans la défense et la
protection fractionnée de la majorité à un dirigeant international dans une affaire de violence machiste.
La conséquence a été que, le premier jour du XVIe Congrès mondial de LIT (septembre), un secteur
interne d’opposition, la Fraction pour la Défense et la Reconstruction de la LIT-QI (avec des militants au
Chili, au Paraguay, au Brésil, aux États-Unis et au Portugal), a été expulsé, ce qui a provoqué le départ de
nombreux autres camarades: ceux qui faisaient partie de la Tendance Ouvrière pour l’Unité et Principes
de la LIT-QI (TOUPI) – aujourd’hui CORI-CI, le Groupe d’Opinion argentin (aujourd’hui GOI), le PST
péruvien, le camarade Daniel Ruiz (ancien prisonnier politique argentin et figure emblématique de la
classe ouvrière reconnu par l’avant-garde de son pays), entre autres. Ce processus a déclenché une
explosion au sein du LIT-QI. La disparition de sections entières, de figures de proue et de centaines de
militants a entraîné de nouvelles scissions et ruptures. Le bureaucratisme de sa direction, qui a soutenu un
virage réformiste, a marqué la fin de la LIT-QI fondé par Moreno tel que nous le connaissions. Cette
organisation a cessé d’être une alternative révolutionnaire.
Face à cette énorme défaite et au milieu d’une situation mondiale marquée par la crise économique,
l’offensive impérialiste et la résistance des peuples opprimés, nous sommes confrontés à l’énorme tâche
de réorganiser nos forces et de commencer la reconstruction de la Ligue Internationale des Travailleurs,
sur la base des enseignements et du programme proposés par Nahuel Moreno.
Fondation du Comité international pour la reconstruction de la LIT-QI (CIR)
Ainsi, après un long processus de débats sur la nécessité d’entreprendre cette voie difficile, et sous la
prémisse d’essayer de regrouper les forces, les partis et les regroupements qui ont été laissés hors de la
LIT-QI, en plus d’aller à la rencontre d’autres (partis, regroupements, dirigeants, militants) avec lesquels
nous pouvons avancer dans un programme révolutionnaire commun, nous entreprenons la construction de
ce Comité. Malheureusement, malgré notre invitation à faire partie de ce processus, les camarades de
l’actuel CORI-CI, qui a également rompu avec la LIT-QI, ont refusé d’entreprendre un processus de débat
et de construction en commun. Nous pensons que les camarades ont tort et que leur attitude approfondit
les divisions face à un fait très grave qui nous a été imposé avec les expulsions dans la LIT-QI.
Le CIR est composé de camarades de longue tradition, de ouvriers et ouvrières, d’enseignants, d’étudiants
et de chômeurs: la MPR du Brésil; le MIT du Chili; le GOI de l’Argentine; Corriente Obrera des États-
Unis; l’insurrection du Paraguay.
Un appel à construire une Internationale Révolutionnaire
Comme nous l’avons développé dans ce manifeste, notre objectif immédiat est la reconstruction de la LIT-
QI de Moreno. Nous considérons essentielle la reconstruction de la LIT-QI comme une organisation
démocratiquement centralisée, afin de pouvoir avancer dans la mise en œuvre de la stratégie de
reconstruction de la Quatrième Internationale avec tous ceux avec qui, dans le feu de la lutte des classes,
nous coïncidons en politique, en programme, en méthodes et en morale de la révolution socialiste
mondiale.
Un besoin de premier ordre pour ceux que nous voyons que le monde fait déjà la transition vers la
barbarie, qui ne peut être surmontée qu’en détruisant le capitalisme et avec la classe ouvrière à la tête d’un
programme socialiste de transition au communisme, le royaume de la liberté selon Marx, où chacun
travaille selon ses capacités et reçoit selon son besoin. Où l’exploitation de l’homme par l’homme soit
enfin terminée et que les efforts du travail sont au service des travailleurs et du peuple. Où il n’existera
pas de classe parasite qui déclenche les guerres, la famine et l’esclavage moderne contre la grande
majorité de l’humanité.
C’est pourquoi, avec tous ceux qui sont d’accord avec la tâche de reconstruire le LIT-QI de Moreno, nous
voulons faire face à un sérieux processus de débat programmatique, politique, de régime et de bilan et
perspectives vers notre premier Congrès de base, qui se tiendra en 2026. Cela doit être un processus
démocratique avec des élaborations, des échanges et des espaces de débat, en suivant les enseignements
de nos maîtres et de notre tradition révolutionnaire.
Pour cette reconstruction, nous ne sommes pas partis de zéro. Nous partons des thèses fondatrices et des
statuts de la LIT-QI, et des mises à jour que nous avons faites au cours des dernières décennies dans notre
courant, telles que:
– Comprendre les processus de restauration-révolution en Europe de l’Est, ainsi que les processus de
restauration dans les anciens États ouvriers chinois et cubains;
– L’actualité de la dictature du prolétariat comme centre du programme révolutionnaire;
– Confrontation permanente avec les gouvernements du Front populaire ou de conciliation de classe et les
courants réformistes et néo-réformistes;
– Le rôle des révolutionnaires dans les parlements bourgeois et les élections bourgeoises;
– La lutte contre le machisme et toutes les formes d’oppression, avec un programme d’indépendance de
classe ;
– L’importance de la morale révolutionnaire;
Il est nécessaire de continuer à étudier tous ces sujets, et certaines mises à jour peuvent être nécessaires.
Mais ce sont déjà des piliers solides sur lesquels nous pouvons nous appuyer. Un autre point de départ
fondamental est la nécessité de construire des organisations nationales et une Internationale avec un
fonctionnement centraliste-démocratique, où il y a une large démocratie interne, d’une part; et une
discipline de fer pour l’action et l’intervention extérieures, comme proposé par les Statuts approuvés par le
Congrès de la Fondation de la LIT-QI.
Nous invitons tous ceux qui sont disposés à commencer cette reconstruction
fondamentale avec nous. La lutte pour le socialisme révolutionnaire est plus
urgente que jamais.
MPR du Brésil
MIT du Chili
Corriente Obrera des États-Unis
GOI d’Argentine
Insurgence du Paraguay
Décembre 2025
[1] La dégénérescence du Parti communiste soviétique s’ étendu à la Troisième Internationale. Lorsque la
Troisième a soutenu la politique du parti allemand de refuser la politique de front unique des travailleurs
pour affronter Hitler, qui a permis la victoire du nazisme, Trotsky a déclaré la Troisième morte et a appelé
à la fondation de la Quatrième Internationale, pour maintenir la continuité révolutionnaire du léninisme.
La fondation a eu lieu en 1938 et Trotsky a été assassiné en 1940, laissant une direction extrêmement
faible. La faiblesse de cette direction l’a laissée à la merci des pressions des appareils staliniens et
sociaux-démocrates, auxquels elle a fini par capituler. Cela a provoqué la dispersion de la Quatrième
Internationale, de sorte que la nécessité de sa reconstruction est posée.
[2]Dans le cadre de la LIT-QI, un débat a été développé sur le caractère des Etats chinois et russes, qui a
été fermé bureaucratiquement par la fraction majoritaire, conduisant au vote de son caractère impérialiste
sans que les parties aient pu approfondir ces discussions. C’est une étude et une discussion que nous
devons poursuivre dans le processus de reconstruction.
